Cartomancie : origine, méthodes de tirage et différence avec le tarot
Un jeu de cartes, une question, quelques cartes posées sur la table : la cartomancie tient en quelques gestes. Pourtant, cette pratique divinatoire intrigue depuis plus de deux siècles. Parmi les arts qui composent l’ésotérisme, elle fait partie des plus connus. Son principe : chercher un message dans des cartes à jouer.
On la confond souvent avec le tarot. La nuance est pourtant simple : le tarot est une forme de cartomancie, mais la cartomancie ne se résume pas au tarot. Elle emploie aussi des jeux ordinaires de 32 ou 52 cartes, ainsi que des jeux créés pour la divination.
Cet article retrace l’origine de la cartomancie, présente les jeux utilisés et explique le déroulement d’un tirage. Il détaille ensuite la différence avec le tarot. Tout au long du texte, nous distinguons les faits historiques vérifiables des croyances propres à la tradition divinatoire.
Qu’est-ce que la cartomancie ?
Définition et étymologie
Le mot « cartomancie » associe « carte » et le grec manteia, qui signifie « prédiction » ou « oracle ». Il désigne l’art de lire dans les cartes à jouer. Les ouvrages de référence la présentent aujourd’hui comme la forme de divination la plus pratiquée en Occident.
Qui lit les cartes, et que cherche-t-on à lire ?
Une consultation fait intervenir deux rôles : le consultant, qui pose sa question, et le cartomancien (ou la cartomancienne), qui lit les cartes. Une même personne peut tenir les deux rôles, par exemple quand elle se tire elle-même les cartes.
On interroge les cartes sur l’avenir proche ou lointain. On peut aussi s’en servir pour cerner la personnalité du consultant.
Origine de la cartomancie : des cartes à jouer à la divination
L’arrivée des cartes en Europe
Les cartes à jouer arrivent en Europe dans la seconde moitié du XIVe siècle. On les utilise d’abord pour jouer, et non pour deviner. L’origine de leur usage divinatoire fait débat. L’Encyclopædia Universalis note que l’on ne trouve guère de trace de cartomancie avant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Elle a pourtant pu naître un peu plus tôt. Certaines sources anglophones, dont Wikipédia, évoquent des indices plus anciens, en Espagne puis en Italie, dès les XVe et XVIe siècles. Les sources ne s’accordent donc pas.
Le premier usage divinatoire précis remonte à 1765. Casanova le décrit, mais il a rédigé ses Mémoires bien plus tard. Ce témoignage demande donc une certaine prudence.
Etteilla, premier cartomancien professionnel
En 1770 paraît à Paris le premier traité pratique : Etteilla, ou manière de se récréer avec un jeu de cartes. Son auteur, Jean-Baptiste Alliette (1738-1791), reste le plus ancien cartomancien professionnel attesté. Il revendique aussi l’invention du tirage en éventail, où l’on étale les cartes sur la table.
La pratique se répand ensuite rapidement. Elle se développe surtout de la fin du XVIIIe siècle jusqu’au XIXe siècle.
Mademoiselle Lenormand et le XIXe siècle
Marie-Anne Le Normand (1772-1843) est la voyante la plus célèbre des temps modernes. Sa notoriété tient moins à ses quatorze ouvrages qu’à un jeu de cartomancie qui porte son nom. Or l’attribution de ce jeu reste contestée.
Le Petit Lenormand compte 36 cartes illustrées. Il dérive d’un jeu de société allemand, Das Spiel der Hoffnung (« le jeu de l’Espoir »), publié vers 1800. D’après certains spécialistes, la célèbre voyante n’utilisait pas ces cartes et travaillait avec des jeux ordinaires.
Quels jeux de cartes utilise-t-on en cartomancie ?
Les praticiens emploient trois familles de jeux : les jeux ordinaires, les jeux spécialisés et les tarots. Voyons d’abord les deux premières. Le tarot mérite sa propre section.
Le jeu de 32 cartes et le sens des couleurs
Hérité du piquet, le jeu de 32 cartes va du sept à l’as et comprend trois figures par couleur : valet, dame et roi. Il reste le jeu traditionnel en France, même si le jeu de 52 cartes est également courant.
Selon une lecture courante de la tradition, chaque couleur renvoie à un domaine de vie :
- Cœurs : sentiments, famille, amitiés ;
- Carreaux : argent, commerce, biens matériels ;
- Trèfles : travail, devoirs, efforts ;
- Piques : épreuves, ruptures, fins.
Les figures représentent souvent des personnes : les valets évoquent de jeunes gens ou des messagers, les dames et les rois des femmes et des hommes. Ce découpage sert de point de départ, non de règle absolue.
Le jeu de 52 cartes
Le jeu de 52 cartes ajoute le deux, le trois, le quatre, le cinq et le six dans chaque couleur. Il garde la même logique des quatre couleurs, avec davantage de nuances. Beaucoup de praticiens y ajoutent des jokers ou une carte blanche.
Les jeux spécialisés : Lenormand et Belline
Certains jeux ont été conçus pour la divination. Ils imposent un cadre d’interprétation plus strict que les cartes ordinaires, car leurs significations sont fixées d’avance. Le Petit Lenormand, présenté plus haut, en est un exemple.
L’Oracle de Belline compte une cinquantaine de cartes. Chacune, hormis les cartes dites « maîtresses », porte un petit signe astrologique qui la relie au Soleil, à la Lune ou à une planète. Selon l’éditeur, les dessins viendraient d’un voyant du XIXe siècle surnommé « Mage Edmond », mort en 1881. Marcel Forget, dit Belline, les aurait retrouvés puis publiés. Nous ne pouvons pas confirmer cette histoire : elle relève de la légende du jeu.
Les méthodes de tirage en cartomancie
Préparer la consultation
Choisissez un moment calme, puis formulez votre question avant de toucher aux cartes. Une question ouverte donne plus de matière qu’une question fermée. « Comment aborder cette conversation difficile ? » offre davantage de pistes que « Va-t-il m’appeler ? ».
Vient ensuite le mélange. Dans beaucoup de consultations, le consultant mélange, coupe ou touche le jeu. D’autres cartomanciens préfèrent ne laisser personne toucher leurs cartes. Les deux habitudes existent.
Les tirages classiques
Les tirages varient selon la précision de la question :
- L’éventail : les cartes s’étalent sur la table et l’on y prélève celles qui composent le tirage ;
- Les trois cartes : un tirage court, lu par exemple comme situation, obstacle et conseil ;
- La croix : les cartes forment une croix, une disposition souvent associée à l’Oracle de Belline ;
- Le carré de neuf cartes : une grille de trois par trois pour les questions détaillées ;
- Le grand tableau : toutes les cartes du jeu, 32 ou 36 selon les cas, sont posées sur la table.
Lire les cartes : sens, position et ordre
L’interprétation repose sur trois éléments. Le premier est le sens de la carte, droit ou inversé. Le deuxième est sa position dans le tirage. Le troisième est son ordre d’apparition.
Ces éléments changent le message. Un cœur en position de conseil ne dit pas la même chose qu’un cœur en position d’obstacle. Le cartomancien relie donc les cartes entre elles pour construire un récit cohérent, au lieu de les lire une à une.
Le tarot, un jeu de cartes à part
Du jeu italien au tarot de Marseille
Le tarot naît dans le nord de l’Italie au XVe siècle. Les plus anciennes cartes conservées ont été peintes pour la famille Visconti. Elles servaient à jouer autour d’un ensemble d’atouts, appelés alors « trionfi ». Les mots tarocchi et tarot apparaissent au début du XVIe siècle. En France, on y joue depuis cette même époque.
Un tarot complet compte 78 cartes. Les 22 atouts forment les arcanes majeurs. Les 56 autres cartes constituent les arcanes mineurs : quatre couleurs de 14 cartes, avec dix cartes numérales et quatre figures (valet, cavalier, reine et roi). Le tarot de Marseille adopte les couleurs latines : bâtons, coupes, deniers et épées. Son nom se répand à la fin du XIXe siècle. Au XXe siècle, Paul Marteau le fait connaître au public de la divination.
L’essor du tarot divinatoire
En 1781, Antoine Court de Gébelin (1725-1784) avance que les images du tarot seraient des hiéroglyphes égyptiens formant un « Livre de Thot ». L’Encyclopædia Universalis juge cette théorie historiquement erronée. Elle a pourtant lancé la mode du tarot divinatoire.
Etteilla s’en inspire. De 1783 à 1786, il publie une dizaine d’ouvrages sur le tarot. En 1788, il fait graver un tarot « rectifié », toujours édité sous le nom de Grand Tarot égyptien d’Etteilla. Au début du XIXe siècle, la cartomancie avec des jeux spéciaux supplante en partie le tarot.
En 1856, Éliphas Lévi et d’autres occultistes le relancent. Ils y ajoutent des éléments empruntés à la kabbale, à l’astrologie et à d’autres théories. La dimension ésotérique du tarot prend donc surtout forme à la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle.
Cartomancie ou tarot : les différences en un coup d’œil
Le tarot constitue un cas particulier de cartomancie. Voici ce qui le distingue des jeux ordinaires :
- Le support : un jeu de 32 ou 52 cartes pour la cartomancie classique, 78 cartes illustrées pour le tarot ;
- L’origine : des cartes à jouer européennes dès le XIVe siècle d’un côté, un jeu italien à atouts du XVe siècle de l’autre ;
- Le vocabulaire : « cartomancie » englobe les deux pratiques, tandis que « tarologie » ou « taromancie » désigne spécifiquement la lecture du tarot ;
- La lecture : valeurs et couleurs pour les cartes ordinaires, arcanes symboliques pour le tarot, que certains praticiens rattachent à l’astrologie et à la numérologie ;
- L’esprit : les tarologues présentent volontiers le tarot comme un outil de connaissance de soi. La cartomancie à cartes ordinaires reste davantage associée à la prédiction.
Cette dernière distinction vient des praticiens eux-mêmes. Elle décrit une tendance, pas une règle. Aucune des deux approches n’est supérieure à l’autre : tout dépend de ce que vous recherchez.
Que peut-on attendre d’une lecture de cartes ?
Ce que dit la science
La cartomancie ne repose sur aucune base scientifique démontrée. Les sceptiques expliquent l’impression d’exactitude par deux mécanismes. Le premier est la lecture à froid : le praticien s’appuie sur les indices que le consultant lui donne sans le savoir. Le second est l’effet Barnum, ou effet Forer : on juge très juste une description assez vague pour convenir à presque tout le monde.
Cela n’enlève rien à l’intérêt culturel de la pratique, ni au vécu de celles et ceux qui y trouvent un moment de réflexion. En revanche, un tirage ne doit jamais guider seul une décision de santé, d’argent ou de justice.
La perspective wiccane : réflexion et libre arbitre
Dans la tradition wiccane, le libre arbitre occupe une place centrale : chacun reste responsable de ses choix. Dans cette optique, les cartes ne rendent pas de verdict. Elles jouent plutôt le rôle d’un miroir, qui met en lumière des tendances, des peurs ou des possibilités. Un tirage peut donc ouvrir la réflexion. Il ne décide jamais à votre place.
Bien débuter en cartomancie
Pour un premier essai, commencez petit. Un jeu de 32 cartes comporte moins de significations à retenir qu’un tarot de 78 cartes. Si les images vous attirent davantage, un tarot ou un oracle illustré convient aussi. Le bon jeu est celui que vous aurez envie de manipuler régulièrement.
Tirez d’abord une seule carte par jour, puis passez au tirage à trois cartes quand vous vous sentez à l’aise. Limitez-vous à un tirage par question : recommencer jusqu’à obtenir la réponse espérée n’apporte rien.
Tenez enfin un carnet. Un journal spirituel permet de consigner la date, la question, les cartes tirées et votre interprétation. Relisez-le après quelques semaines. Vous repérerez plus facilement ce qui relève de l’intuition, de l’attente ou de la coïncidence.
Questions fréquentes sur la cartomancie
Quelle est la différence entre la cartomancie et la voyance ?
La voyance regroupe l’ensemble des pratiques par lesquelles on prétend percevoir l’avenir ou l’invisible. La cartomancie en est une méthode, qui s’appuie sur un support : les cartes. Certains voyants travaillent d’ailleurs sans aucun objet. Autrement dit, toute cartomancie relève de la divination, mais toute voyance ne passe pas par des cartes.
Peut-on se tirer les cartes soi-même ?
Oui, le consultant et le cartomancien peuvent être la même personne. La difficulté vient de la subjectivité : on a tendance à lire dans les cartes ce que l’on espère. Posez donc votre question avant de tirer, notez votre première impression, puis comparez-la à l’interprétation détaillée. Attendre quelques jours avant de relire le tirage aide aussi à prendre du recul.
Comment fonctionne la cartomancie « oui ou non » ?
Il n’existe pas de règle universelle. Chaque praticien fixe sa propre convention avant de tirer : quelles cartes ou quelles couleurs valent « oui », lesquelles valent « non », et comment traiter une carte ambiguë. Posez une question fermée, tirez une ou quelques cartes, puis lisez-les selon cette convention. Gardez la même règle d’une fois sur l’autre. Changer de convention après coup revient à choisir la réponse qui vous arrange.
Que penser des tirages de cartomancie gratuits en ligne ?
Un tirage en ligne sélectionne généralement des cartes au hasard, puis affiche des textes rédigés d’avance. Ces textes ne tiennent pas compte de votre situation réelle. Ils peuvent servir de divertissement ou d’exercice pour découvrir les cartes. En revanche, méfiez-vous des sites qui promettent des résultats garantis ou qui vous orientent vers une consultation payante dès les premières lignes.
Pourquoi une même carte a-t-elle plusieurs significations ?
Aucun code officiel ne fixe le sens des cartes. Chaque auteur, chaque école et chaque praticien propose sa propre lecture, et ces lectures ont évolué au fil des siècles. Les significations d’une carte ne sont donc jamais définitives. Pour progresser, choisissez un ouvrage de référence et tenez-vous-y le temps de vous exercer.
Et si vous tiriez vos premières cartes ?
La cartomancie reste une tradition vivante, nourrie par une longue histoire. Que vous préfériez un simple jeu de 32 cartes ou un tarot illustré, l’essentiel est de l’aborder avec curiosité et avec recul. Prenez un jeu, posez une question ouverte et tirez trois cartes. Notez ce que vous ressentez, puis relisez vos notes dans quelques semaines. Cette habitude affinera votre lecture bien mieux qu’une simple liste de significations.




