L’histoire du vaudouisme

Vaudouisme et pratiques cérémoniales africaines

Le vaudouisme est avant tout une tradition orale, les noms des dieux ainsi que les spécificités des différents rituels peuvent changer selon la région. Ces différences peuvent aussi se remarquer d’une génération à une autre. Cependant, le vaudou africain a plusieurs constantes, et ce, peu importe où les gens le pratiquent. Ainsi, outre la croyance en plusieurs dieux et la possession spirituelle, celles-ci incluent :

  • La vénération des ancêtres.
  • Les rituels ou objets utilisés pour transmettre une protection.
  • Les sacrifices d’animaux utilisés pour montrer du respect à un dieu ou pour gagner sa faveur.
  • L’utilisation de fétiches ou d’objets destinés à contenir le pouvoir d’esprits particuliers.
  • Les danses de cérémonie, qui impliquent souvent des costumes et des masques élaborés.
  • La musique et les instruments de cérémonie, notamment les tambours.
  • L’association des aliments et des plantes avec des esprits spécifiques et l’utilisation de ces articles pour leur rendre hommage.
rituel vaudouisme

Beaucoup de ces traits, en particulier le culte des ancêtres, la musique et la danse, sont également importants dans d’autres religions africaines. 

Ainsi, dans la pratique, le vaudouisme ressemble beaucoup aux autres religions traditionnelles ésotériques. De nombreuses célébrations semblent être en partie des fêtes, en partie des services religieux, avec de la musique rythmée, des danses et des chants.

Les rituels tirent parti du paysage naturel, comme les rivières, les montagnes ou les arbres.

De plus, des objets ordinaires deviennent  sacrés par leur décoration et leur consécration (comme des pots, des bouteilles ou des parties d’animaux). Ils sont à cet égard utilisés dans les rituels.

Rites initiatiques et bénéfiques

L’initiation au vaudouisme

Dans certaines régions d’Afrique, les personnes qui veulent participer à la communauté vaudou peuvent entrer dans des centres religieux. Ces lieux ressemblent beaucoup à des couvents ou à des monastères. Les initiés de diverses communautés meurent symboliquement, passant trois jours et trois nuits dans l’isolement complet avant d’être renvoyés dans le monde extérieur. Les adeptes du vaudouisme apprennent les rituels, les aliments et les objets associés aux différentes divinités. Ils s’initient aussi à la façon de communiquer avec les esprits (Loas ou Lwas). Ces derniers ont des personnalités et des exigences différentes, tout comme les dieux dans les mythes grecs et romains.

rituel vaudou

Des rituels bénéfiques

Certaines personnes associent le vaudouisme au mal. Cependant, beaucoup de ses puissants rituels ( même ceux qui incluent le sacrifice d’animaux vivants ) se concentrent sur le respect et la paix. 

Les chefs religieux deviennent des chefs de communauté. Ils octroient des conseils et règlent les différends entre adeptes. En outre, ces dirigeants fournissent fréquemment des soins médicaux sous forme de médecine traditionnelle. 

Les prêtres, prêtresses et autres pratiquants consacrent généralement leur rituel à aider et à prendre soin des autres.

Le cas des jumeaux dans la communauté vaudou

Dans de nombreuses communautés vaudou, les gens considèrent les jumeaux comme sacrés. Selon la tradition, ils ont deux moitiés de la même âme. Si l’un meurt, l’autre portera souvent une poupée jumelle. D’ailleurs, on pense qu’elle porte l’esprit du frère ou de la sœur décédés. Dans le vaudouisme haïtien, les jumeaux ont des pouvoirs spéciaux qui peuvent être dangereux. Contre cela, une cérémonie faite au Loa Dossou les empêche de faire du mal. Au Bénin, les jumeaux symbolisent aussi la fertilité.

Amalgame entre vaudouisme et sorcellerie

Malédictions, mauvais oeil, occultisme et  sorcellerie tombent dans la catégorie des « Bo », la magie noire liée au vaudouisme. 

Cependant, la plupart des anthropologues conviennent que les dirigeants vaudous ont une connaissance pratique du Bo car comprendre son fonctionnement est nécessaire pour le combattre. Par ailleurs, ce sont les sorciers connus sous le nom de botono qui contrôlent des sorts plus sinistres. 

Ainsi, il faut savoir que cette forme africaine de vaudou est un précurseur du vaudou pratiqué en Haïti et dans d’autres parties de l’hémisphère occidental. Les régions d’Afrique où le vaudou a prospéré sont également des zones qui ont fait l’objet d’un trafic important pendant la traite des esclaves. En effet, c’est l’esclavagisme qui a amené le vaudou aux Amériques. 

À présent, nous allons passer aux origines haïtiennes du vaudouisme et nous examinerons les changements apportés au vaudou de l’autre côté de l’Atlantique.

Les origines haïtiennes du vaudou

Dans les colonies américaines, le vaudou africain est devenu ce que l’on appelle aujourd’hui le vaudou haïtien. En 1492, Christophe Colomb débarqua sur une île connue de ses habitants indigènes (les taïnos) sous le nom d’Ayiti, ou « Terres des montagnes ». 

Christophe Colomb rebaptisa cette île Hispaniola, qui signifie « Petite Espagne ». Les colons créèrent des plantations qui deviennent rapidement de riches sources de cultures agricoles comme le sucre, le café et l’indigo (de l’indigotier, plante provenant d’Inde destinée à la teinture). Pour rentabiliser ces plantations, les colons comptaient beaucoup sur le travail des esclaves. 

Par la suite, l’île Hispaniola est devenue les deux pays connus sous le nom d’Haïti et de la République dominicaine.

la magie vaudou

De nombreux esclaves amenés à Hispaniola depuis le nord et le centre de l’Afrique aux XVIe et XVIIe siècles pratiquaient le vaudou. Mais le code des esclaves de la colonie exigeait que tous les esclaves soient baptisés comme chrétiens

Cette conversion forcée a eu une grande influence sur le vaudou . 

Comme les esclaves ne pouvaient pas observer ouvertement leur religion, ils ont emprunté de nombreux éléments au catholicisme pour protéger leur propre pratique spirituelle. Ce processus, appelé syncrétisation, a fortement influencé le vaudou en Haïti.

Rapprochement entre vaudou et christianisme

Plusieurs influences liées au christianisme ont affecté le vaudou :

  • Les fêtes religieuses catholiques sont devenues des fêtes vaudou pour le Loa (esprits vaudou) correspondant . Par exemple, la célébration d’une famille d’esprits appelés les Gedes (personnifications d’ancêtres décédés), a lieu le jour de la Toussaint.
  • Les croix chrétiennes sont devenues des symboles. Certaines représentent les étapes dans le chemin spirituel des adeptes du vaudouisme.
  • Les hymnes et les prières catholiques sont devenus une partie des rituels vaudou.
  • Les noms des saints catholiques sont devenus les noms de Loa. Dans de nombreux cas, le rôle du Loa reflétait celui du saint correspondant. Par exemple, Saint-Pierre détient les clés du royaume des cieux et correspond au Loa « Papa Legba », qui est le gardien du monde des esprits.

Le vaudouisme : une religion modulée par effet de créolisation

La forme résultante du vaudou est une religion créolisée, composée de diverses influences issues de nombreuses autres religions. Mais malgré ces ajouts, le vaudou haïtien ressemble fortement au vaudou africain. Les prêtresses et les prêtres, connus sous le nom de mambos et houngans, organisent des services religieux et fournissent des remèdes populaires traditionnels. Les personnes qui souhaitent devenir comme eux entrent souvent en apprentissage en tant qu’initiés avec d’autres dirigeants. En effet, il n’est pas nécessaire de rejoindre un centre de culte à grande échelle. De nombreuses cérémonies ont lieu dans une structure appelée hounfor, qui sert de temple ou de sanctuaire.

Possession et sacrifice

Comme en Afrique, la possession est une partie importante du vaudou en Haïti. La personne possédée est souvent appelée «  cheval monté par le Loa ». Cette dernière peut bouger de manière anormale, parler dans des langues inconnues ou faire des déclarations claires et directes aux autres adeptes. Le sacrifice est également important et de nombreuses cérémonies impliquent de sacrifier des chèvres, des poulets ou d’autres animaux. Souvent, la combinaison de la possession, du sacrifice d’animaux, des danses rituelles et de la musique peut sembler effrayante aux observateurs extérieurs. Mais ce ne sont là que rites et pratiques religieuses sans aucune tendance malfaisante.

Les objets du vaudou

Le vaudou haïtien intègre également des vêtements, des objets et des décorations pour invoquer ou montrer le respect pour le Loa. Les paquets de Kongo (ou paquets de médicaments), contiennent des herbes et des objets médicinaux ou curatifs. Les vénérateurs portent des drapeaux dans les lieux de culte pour montrer leur respect aux esprits. Pour appeler et invoquer le Loa, les adeptes haïtiens jouent divers tambours, cloches et crécelles. 

paquet de kongo

Les autels contiennent de nombreux objets liés aux rituels, tels que des bouteilles décorées, des poupées ou des calebasses remplies d’offrandes alimentaires. Les adeptes utilisent les poupées comme médiums pour entrer en contact avec des Loas spécifiques ou avec le monde des esprits en général. Cette pratique n’est pas exécutée pour infliger des douleurs ou des souffrances aux autres, contrairement au « Bo », que nous avons évoqué précédemment.

Aujourd’hui, beaucoup de ces objets font partie de l’art et de l’artisanat haïtiens. Certains artistes haïtiens, par exemple, se concentrent sur la création de représentations de différents Loa élaborés ou d’objets de rituels décorés.

Prêtes vaudou et sorciers bokor

Comme dans le vaudou africain, les mambos et les houngans ne maudissent pas et ne font pas de mal aux autres. Cependant, certains adeptes pensent que les bokors  (sorciers), ont la capacité d’utiliser la magie noire pour causer des envoûtements, des malheurs ou des blessures.  D’autres croient qu’un bokor peut utiliser des poisons et capturer l’âme d’une personne pour créer un zombie. Cependant, bien que l’idée soit répandues, les zombies ne font pas partie de la pratique vaudou.

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Importance du vaudouisme dans les révoltes haïtiennes

Le vaudou est une partie importante de la vie quotidienne de nombreux Haïtiens. Les estimations varient, mais en général, les anthropologues pensent que plus de la moitié des Haïtiens pratiquent le vaudouisme. La religion a également joué un rôle important dans l’histoire haïtienne. La Révolution française de 1789 a déclenché des révolutions ailleurs dans le monde, y compris dans plusieurs colonies des Amériques. En 1791, un prêtre vaudou a célébré une cérémonie au Bois-Caïman dans les montagnes haïtiennes. Cette cérémonie a précédé une révolte d’esclaves qui a duré jusqu’en 1804 (date d’indépendance du pays). Le peuple d’Haïti a combattu des armées d’Espagne, de France et de Grande-Bretagne. Finalement, Haïti est devenue la première colonie noire libre des Amériques. Cette cérémonie et son importance sont quelque peu controversées, mais elles font désormais partie de la tradition haïtienne.

Variations sur le vaudouisme

Le vaudouisme est pratiqué ouvertement en Haïti. Cette religion existe également sous diverses formes à La Nouvelle-Orléans et dans le sud-est des États-Unis. Dans certains cas, le vaudou adopté dans d’autres parties de l’hémisphère occidental est mélangé à d’autres traditions similaires, pratiques païennes ou autres coutumes. Cependant, dans certaines régions, les acts magiques populaires connues sous le nom de hoodoo ont dépassé le vaudou aux yeux du public. La sorcellerie, l’occultisme, les malédictions et les méthodes de vengeance tombent généralement sous l’égide du hoodoo. Elles ne font pas partie du vaudouisme.

La confusion avec hoodoo n’est qu’une des raisons pour lesquelles le vaudoo est controversé.

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